LES SOLEXOPHILES  





Témoignages de SoleXophiles :

LE VÉLOSOLEX AU QUÉBEC
JE ME SOUVIENS !!!

Par Richard Bourdeau
Tous droits réservés
©Richard Bourdeau 2003-2004

À cette époque, bien peu de québécois et de canadiens connaissaient l'existence du VélosoleX. À l'exception de ceux qui voyageaient en Europe et en France plus particulièrement. Évidemment, il y avait de ce nombre plusieurs étudiants qui fréquentaient des institutions d'instructions supérieures françaises ou de d'autres pays limitrophes. Certains d'entre eux utilisaient des SoleX, tout comme le faisaient des milliers d'européens quotidiennement. Je pense particulièrement au grand peintre québécois Marcel Barbeau. Ce dernier m'a récemment raconté au cours d'un repas à Montréal, son périple de 1962 à SoleX sur lequel il a parcouru la France de Paris à Nice, puis un tour de l'Espagne pour enfin revenir, par le même moyen de transport, jusqu'à la Ville Lumière !!!

***

Photo de Richard Bourdeau en train d’écrire ses articles à propos de l’histoire du VélosoleX en Amérique.1966 . Je me souviens…une petite biographie solexiste.

C'était au temps des « Copains » mon film fétiche des années soixante, réalisé par Yves Robert.

Philippe Noiret, Pierre Mondy, Guy Bedos, Claude Rich, Jacques Balutin, Michel Lonsdale et Christian Marin me tenaient compagnie au cours de mes voyages imaginaires vers la Mère Patrie. Je venais d'atteindre cet âge curieux, entre l'enfance encore toute proche et l'âge adulte en devenir.

 

Malheureusement, mon état de santé était parfois critique… je vivais sous haute surveillance médicale. L'effort physique m'était contre-indiqué. Je souffrais d'une maladie jusqu'alors incurable. La vie, toutefois, en décidera autrement…

Et voilà qu'un soir d'automne, alors que je regardais la télé… soudain, un tirage. Et je vois alors, pour la première fois, deux VélosoleX qui faisaient partie du gros lot d'une émission diffusée sur les ondes de Télé-Métropole à Montréal. Je fus carrément séduit !

Ces « bicyclettes qui roulaient toutes seules » étaient offertes par Novaco, une petite entreprise de Chambly située à une trentaine de kilomètres de la métropole du Canada d'alors.

 

Une dame Ayotte du Nord de Montréal gagne ce gros lot !!! Bravo madame! Si seulement vous saviez à quel point je vous envie !!! Peu de temps après je décidai de lui téléphoner, afin de savoir si elle accepterait de vendre l'un de ses VélosoleX 3300.

Le hasard fit bien les choses. Pour ma plus grande joie, la réponse fut positive. J'en discutai alors avec mon père qui était commerçant à Ville Saint-Pierre…aux frontières Ouest de Montréal. Sa réponse fut mitigée « tu veux vraiment cette curieuse bébelle, ce vélo à moteur ?... J'en parlerai à ta mère ». Une façon polie, pour lui, de se donner du temps pour réfléchir et me soutirer, d'un air quelque peu interrogateur, les coordonnées de la gagnante du concours.

Les semaines passèrent. Puis par un beau dimanche matin mes parents décidèrent de rendre visite à mon oncle Flavius, le médecin, qui habitait au lac Guindon, situé dans les proches Laurentides. En début de soirée, au retour de cette randonnée, une surprise m'attendait à l'arrière de la grande Pontiac familiale. Et mon paternel de s'écrier « descends Richard, j'ai quelque chose à te montrer ! ». Je ne me doutais de rien. Je croyais même que mon souhait était demeuré lettre morte.

 

Quelle ne fut pas ma surprise et ma joie, j'étais bouche bée!!! Il était là, couché tendrement sur un édredon, ce VélosoleX tout noir. Je ne savais pas, à l'époque, que mes « vieux » circulaient parfois, avant moi, sur les chemins de mon propre avenir. Et ce VélosoleX fut transporté, avec mille précautions, par mon père et moi, j'au premier étage de nos boutiques, dans un escalier extérieur en colimaçon qui menait à notre appartement. Le prix d'achat : 100$.

Je passai des jours à le contempler et à l'étudier. À regarder comment il était construit. Ouvrir, avec mille précautions, la boîte à outils ou le phare avant. Tirer sur les câbles. Calculer le nombre de rotations des roues en appliquant une force X. Compter le nombre d'ailettes et vérifier le mouvement du moteur après avoir délicatement enlevé la bougie Marchal V36. J'ai d'ailleurs conservé précieusement cette bougie dans la boîte originale. Le moteur n'avait encore jamais démarré, que déjà mon imagination d'adolescent était partie à l'aventure… Ah ! L'adolescence !

J'avais l'âge des copains, Roger Migneault, François et Roger Poirier, Claude Morency, Gaston, René et Maurice Brosseau. Et puis André Paradis, mon très cher ami, qui bientôt allait devenir propriétaire d'une Ford Mustang rouge, décapotable ! Je n'étais certainement pas de taille à compétitionner avec lui! Mais comme il le disait : « Chacun ses rêves et la route sera bien gardée »! Moi, j'avais choisi la petite cylindrée. La destinée, en quelque sorte, avait placé un VélosoleX dans un haut lieu de mon existence. Cette minuscule machine noire, cet escargot, que certains français immigrés au Québec considéraient alors comme un symbole de pauvreté d'après guerre…Pour moi, il n'en était rien. Ce modeste véhicule représentait une voie de plus vers la liberté. Ainsi que l'_expression d'une différence. Que d'ingéniosité dans le concept développé par Maurice Mennesson !!! Et puis, il était français, ce n'était pas rien ! Chez-moi, on aimait la France ! Et encore plus après le passage du Grand Général en 1967 !

 

Je montrais mon 3300 à tous mes amis, et chacun y allait de son hypothétique itinéraire et de ses interrogations. «  Comment t'appelles ça ? Un vélocyclette ?  ». « Non, un VélosoleX, tu sais pas lire » !!! «J'ai jamais vu une affaire de même !!! »…et moi de répondre… « Moi non plus, c'est pour ça que mon père me l'a achetée !!! » et tralali et tralalère, sempiternel questionnaire! Il était devenu une sorte d'attraction dans mon microcosme. On ne venait plus me rencontrer…on venait voir mon SoleX ! On posait mille rébus, auxquelles je répondais après avoir téléphoné pour la dixième fois chez Novaco. Je cherchais des réponses techniques et les gens de Chambly y répondaient de bonne grâce et avec beaucoup de gentillesse.

Le trop long hiver québécois passa enfin et ce fut le printemps. Je n'avais pas l'âge de conduire. Il fut décidé que le SoleX inaugurerait sa vie de bicyclette assistée, à la campagne, discrètement, sur un chemin de gravier fin. Mon père prépara un mélange deux temps d'environ 5%. Et ce fut le premier remplissage.

Mais comment le faire démarrer ? Et s'il décollait comme une fusée ? Je descendis le moteur sur la roue avant et poussai directement…hum…difficile.

Puis je pressai sur une manette grise située à la gauche du guidon…beaucoup mieux…en relâchant enfin la pression, j'entendis pour la première fois le son caractéristique du moteur. Il était tellement silencieux. Puis, je compris le mécanisme d'accélération du 3300…pas de poignée de contrôle à cette époque. Tout se jouait de la main droite avec le levier du frein avant. Je serre, il ralenti. J'ouvre, il accélère…

Et c'était parti ! Le 3300 avait intégré mon existence, sur les petits chemins peu fréquentés, les chemins de ferme et les sentiers forestiers. Personne dans mon entourage ne connaissait les SoleX. J'étais vraiment le seul à me balader avec un tel engin à l'odeur d'échappement et au son si caractéristiques.

 

Le temps passa. Puis un beau jour, au début des années soixante-dix, les autorités québécoises libéralisèrent enfin l'utilisation des vélomoteurs. Fini le temps de la contention et des restrictions. Les jeunes pouvaient dorénavant piloter ces petits véhicules dès l'âge de 14 ans. Pas besoin d'immatriculation comme une auto ou une moto, pas besoin de casque et d'assurance. La belle époque était enfin arrivée ! Vive la Liberté ! Mon 3300 me suivait partout.

 

1970 à 1974 . Et puis, je me mis à découvrir l'Europe de manière intense durant mes vacances d'été. Il m'est arrivé à maintes reprises de louer des modèles 3800 chez des petites agences, surtout à Paris, Avignon et Bruxelles. Quel bonheur de rouler autour de l'Arc de Triomphe et de revenir vers le sixième arrondissement, lentement peut-être, mais plus rapidement que les voitures ! Me rendre du Palais des Papes, jusqu'à la Durance. Tournoyer sur la Grand Place et revenir vers mon petit appart dans Molenbeek. Me rendre jusqu'à Louvain et revenir par Nivelles !!! Je vivais ailleurs, mais je ne me sentais jamais dépaysé… Le VélosoleX ou la douceur tranquille, en terrains plats ou vallonnés.

 

1975 . Après des études de Droit, que je quittai pour devenir journaliste, le 3300 me suivit jusqu'à Toronto la très English… Beau, bon, pas cher… je circulais partout dans cette grande ville anglophone, où, fort heureusement, il existait un petit réseau de concessionnaires. Je partageais ma monture avec le réalisateur Michel Gélinas, mon complice du temps. Nous en fîmes grand usage…nous montions même les escaliers du petit immeuble de Radio-Canada avec le SoleX, jusqu'à nos bureaux !!! Fallait surtout pas se le faire voler !

C'est dans cette ville, que pour la première fois, je fus contraint de faire changer les segments, après plus de dix milles kilomètres parcourus. L'engin ayant rendu l'âme en quelques secondes. Kaput, plus rien !!! Il regagna sa puissance initiale, après une petite intervention mécanique qui ne dura que quelques heures. Cette réparation ne coûta que quelques dizaines de précieux dollars. Je n'étais pas très doué en mécanique. Aujourd'hui une semblable intervention, me prendrait moins de 45 minutes…

 

1977 . Retour au Québec, à la suite d'une nomination dans un cabinet de ministre. Le SoleX revint avec moi, pour devenir campagnard et parcourir les alentours en Montérégie, au Sud de Montréal. Il ne revint plus à la ville jusqu'en 2001.

 

1990 . Période d'oubli dans une grange. Les pneus étaient très usés, les freins rongés jusqu'au métal et son apparence extérieure ne faisait plus douter de sa condition générale…Que faire sans pièces de rechange ? Le réseau de concessionnaire était disparu depuis 1980. L'idée m'était même venue de le vendre, faute de pièces et de schémas adéquats.

 

2001 . C'est grâce à l'Internet que j'ai pu le ressusciter et lui redonner une très grande partie de sa jeunesse. Des sites comme Solex'in et d'autres m'ont permis de trouver toute l'information technique, indispensable à un Nord-américain aux prises avec un projet de restauration quasi complète. C'est chez Vélocruz de Salt Lake City, aux Etats-Unis, que je me suis procuré toutes les pièces nécessaires. En 2002, mon vieux SoleX 3300 revenait à la vie ! Repeint en neuf et mécanique entièrement révisée.

En même temps que je restaurais ma petite monture, j'ai commencé à tisser un réseau de personnes ressources, de propriétaires et de collectionneurs de Montréal et ses banlieues. Puis dans le Québec tout entier. Ce travail se poursuit inlassablement et dans le plus grand enthousiasme.

Je monte aussi une bibliothèque composée de documents concernant les vélomoteurs et particulièrement les VélosoleX. Je possède plusieurs ouvrages rédigés en anglais. Je constate que les anglophones se sont beaucoup intéressés au VélosoleX, particulièrement en Amérique du Nord. Il existe plusieurs livres et guides des « moped » (mo = moteur / ped = pédales) édités aux Etats-Unis. Le Vélosolex, ce champion de l'économie de carburant, occupe toujours une place de choix. Il est généralement considéré comme étant une exception remarquable, entre autres, par sa pompe à essence qui élimine l'obligation de placer le réservoir au dessus du moteur. En effet, sur les modèles à galet, le vieux principe de gravité a été détourné par l'utilisation d'une petite pompe dotée d'une membrane. Fallait y penser !!!

Mes activités de liaison me permettent d'entrer en contact avec plusieurs personnes, qui, chacune à sa manière, exprime son point de vue et ses sentiments par rapport à la « bicyclette qui roule toute seule ». C'est passionnant à plus d'un point de vue !

Au cours des dernières années j'ai monté une collection composée essentiellement de modèles fonctionnels 3300, 4600, 5000 et Ténor. Je me suis également associé avec un autre collectionneur, nous possédons une quarantaine de SoleX ainsi que de nombreuses pièces et moteurs à galet, Laura et Flash, complets et remis à neuf.

 

Dans ma démarche de collectionneur et de restaurateur, j'ai été entouré des personnes suivantes :

  • Jean Pierre Bourdeau, passé maître dans les tâches exigeant une grande minutie et un esprit analytique, le champion des schémas électriques de toutes natures. Il a inventé un système 12 volts pour les SoleX à galet.
  • Bénito Castracane, un collectionneur associé, qui peut démonter un moteur, remplacer les joints, rebâtir une transmission, puis remonter le tout… les yeux fermés. Un allié indispensable. Il nous aide à voir dans le noir !!! Et que dire de sa grande dextérité dans le remontage des cadres et de son infatigable curiosité.
  • Wilfrid Blanchard, notre doyen, grand collectionneur devant l'Éternel. Il possède une foule de SoleX dans le meilleur état qui soit. Sa collection est impressionnante. De ses nombreux voyages en Europe, il ne manquait pas de rapporter des pièces rares et des documents techniques de grande qualité. Un vrai de vrai !!!
  • Tommie Mattews, propriétaire de Vélocruz situé à Salt Lake City aux Etats-Unis, le plus grand distributeur de pièces et de SoleX 3800 hongrois en Amérique. Un puissant promoteur de la cause SoleX !!!
  • Howie Seligman, de VélosoleX America et associé chez Mopex. Nous collaborons pour la réintroduction du SoleX modèle 4800 qui devrait être homologué prochainement, en vertu des normes québécoises et canadiennes.
  • Frank Meneret, auteur bien connu des solexistes et éditeur de la lettre « Le VéloSoleX Illustré ». Un collectionneur exceptionnel.
  • Benoît Suzanne, l'auteur du plus vaste site Internet portant sur le SoleX…Un travail de titan !
    SoleX'in est un must !!! Une véritable mine de renseignements.

 

Je ne citerai pas les noms de toutes les personnes avec lesquelles j'ai établi des contacts au sujet du SoleX. La liste serait trop longue ! Certains voulaient tout simplement se débarrasser de ce qu'ils considéraient comme étant de trop vieilles choses… avec une pointe de nostalgie toutefois… SoleX oblige ! D'autres souhaitaient relever le défi de « remonter » une ou plusieurs vieilles machines. Je les ai alors dirigés vers les ressources adéquates. Et puis, les plus nostalgiques, qui me téléphonaient tout simplement pour savoir si c'était vrai qu'il y avait une renaissance ou plus simplement pour me confier, souvent avec des anecdotes, à quel point ils avaient apprécié l'époque ou ils roulaient en VélosoleX.

 

2003 . On peut écrire, sans l'ombre d'un doute, que le VélosoleX a fait époque. Ici aussi dans notre grand Québec. C'est à cet effet d'ailleurs que j'ai récemment rencontré monsieur Gaétan Laniel, qui a été le plus important distributeur de VélosoleX au Québec et dans les provinces maritimes du Canada. Propriétaire de Laniel Canada qui se spécialisait dans la distribution de produits, il a décidé, à la suite d'un voyage en France à la fin des années soixante, d'en promouvoir les ventes ici même. Un succès ! Surtout, à cause d'un vaste réseau de distribution par tout le territoire et une publicité très bien orchestrée, tant dans les médias qu'en salle d'expositions.

 

2004 . Dans les prochains numéros, je publierai, grâce à la bienveillance de Benoît Suzanne et de Frank Meneret, l'entrevue que j'ai réalisée avec monsieur Gaétan Laniel à l'automne de 2003, dans les vastes locaux qu'occupe encore l'entreprise familiale. Cette entrevue vous sera présentée par épisode au cours des prochains mois.

Monsieur Laniel est président du conseil d'administration de la compagnie qui porte son nom. Je l'ai rencontré le 15 octobre 2003. Il a relaté en détail sa découverte et son intérêt pour le SoleX, ses expériences à titre de distributeur, ses relations avec la maison mère de Courbevoie, l'engouement des québécois pour les différents modèles et la fin, plutôt abrupte, de la période d'expansion des ventes de SoleX au Québec… De précieux souvenirs, dans le cadre d'un autre volet de la perspective historique du petit véhicule français, apparu dans les années quarante. Il m'a fait l'honneur de m'offrir des photos, des articles et des notes qui datent de 1970 à 1978. La période la plus prospère du VélosoleX au Québec!

A très bientôt.

Richard Bourdeau
31 décembre 2003

 





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